To be or not to BeBlack

I’m back pour BeBlack.

BeBlack est une nouvelle chaine du PAF.  Pour son lancement, le 22 décembre j’avais écrit  un article. Vous vous souvenez ? Je me posais des questions sur la ligne éditoriale de cette chaine.  Pour moi, c’était un peu flou. BeBlack, chaine communautariste ? BeBlack, robinet à clip ?

Moi, quand j’entends les mots « be black », je prends un vol en première classe  dans la machine à remonter le temps. Je traverse l’Atlantique et j’atterris sur les terres de l’Oncle Sam en pleine période de ségrégation raciale. Et les slogans  prononcés par les noirs américains « I’m black and i’m proud », « Black is beautiful » résonnent en boucle dans ma tête.

Bien sur, en France, aujourd’hui, on n’est pas dans le même contexte, heureusement.  Alors quel est le positionnement de cette chaine ? S’appeler BeBlack n’est pas innocent. C’est lourd de sens.

Trop de questions embrument mon esprit. Pour y voir plus clair autant s’adresser aux principaux intéressés.

Sébastien Gadjard, fondateur de BeBlack.

Le rendez-vous est pris avec Sébastien  Gadjard, le fondateur de la chaine.  L’adresse ? Pas dans les beaux quartiers parisiens ni dans les Hauts-de-seine (Boulogne  Billancourt, Issy les Moulineaux…) où se concentrent la majorité des chaines françaises. Mais à Vitry dans le 94.  Les locaux ? Un open space où le bureau du chef est au milieu de ceux du reste de l’équipe. Une télé écran plat branchée sur le canal 78 de la Freebox. A l’antenne, un clip de James Brown « I feel good ». Ça commence bien…

Le jeune patron, 30 ans,  s’installe sur le grand canapé en cuir noir face à la télé. Il va enfin pouvoir répondre à mes interrogations sur BeBlack.

Le projet de la chaine est de promouvoir la culture noire dans son ensemble. « Nous voulons aller au delà de toutes notions de communautarisme. On s’adresse à tout le monde. Pour moi, la culture noire est un peu en chacun d’entre nous quelque soit la couleur de peau. Que ce soit avec la musique, le jazz, le rnb par exemple, le cinéma, la gastronomie, on a tous des accointances avec cette culture. Elle est large, diverse, riche, nous allons essayer de l’aborder sous tous ces aspects », explique Sébastien Gadjard. On est donc loin d’une vision communautariste. Me voilà rassuré. Communautarisme, mot en vogue que l’on utilise souvent de manière péjorative lorsque se réunissent en groupe des personnes ayant une culture ou une origine commune.  Pour certains, il expliquerait en parti les problèmes sociaux que connait la France.

« Je ne suis pas dans la victimisation »

A BeBlack, on pense qu’en connaissant mieux les richesses culturelles des communautés qui composent ce pays, on pourra mieux vivre ensemble. « Je ne suis pas dans la victimisation. On n’est pas là pour prouver que la culture noire est intéressante et fascinante. Il faut juste la montrer et en être fier. Les idées reçues présentes dans l’inconscient collectif  seront forcement mise à mal aussi bien chez les noirs que chez les autres », indique le fondateur de BeBlack.

L’exemple à suivre, pour lui : la chaine américaine BET (Black Entertainment Television). Ayant grandi en Guadeloupe, Sébastien Gadjard a eu une double culture, française  et américaine. Il se sent très proche de cette dernière. Ne serait-ce que par le nombre de kilomètres séparant l’ile aux belles eaux des States (Point à Pitre est à 2200 km de Miami mais à plus de 6000km de Paris) . Là-bas, la communauté noire est mieux représentée. Musique, cinéma, littérature noire font partie intégrante de la société US. Cette culture mainstream est présente dans tous les foyers américains quelques soient leurs origines ethniques. Dans les médias, certains ont des réussites exceptionnelles. Oprah Winfrey, journaliste, animatrice, productrice, propriétaire d’un magazine, actrice est l’une des femmes les plus influentes du pays.

Robert L. Johnson et son ex-femme Sheila Crump Johnson sont aussi des personnes qui comptent depuis qu’ils ont fondé, en 1980, BET. A cette époque, les Afro-américains ne se retrouvent pas spécialement dans les chaines de télé classique. Le couple Johnson décident de créer une chaine sur le câble pour répondre à cette demande. Jackpot. Le public est au rendez vous. Un succès qui durent depuis plus de 30 ans maintenant. « J’ai eu la chance de grandir avec cette chaine, raconte Sébastien Gadjard. J’ai donc vu un produit fini en quelque sorte. La situation française est certe différente mais il y a un point commun, un public qui est en attente d’autres choses. De choses que l’on ne voit pas dans les médias traditionnels ».

Esprit FUBU

Comme Barack Obama lors de sa campagne pour la présidentielle, c’est sur le net que BeBlack mène sa campagne de séduction. Pas des panneaux publicitaires dans les rues, pas de communication dans les journaux.  « C’est un choix murement réfléchi. On veut d’abord consolider une base, un public fidèle via les réseaux communautaires, facebook, twitter… Cette chaine est d’abord celle du public. On écoute les remarques, les critiques. On prend le temps de répondre à tout le monde. On veut faire évoluer BeBlack avec les téléspectateurs », précise l’ancien étudiant en marketing. Dans l’esprit, cela ressemble au principe de la célèbre marque de vêtement américaine FUBU (For Us By Us). Pour nous et par nous, en français.

Yoan Daijardin, animateur de l'émission "Backstage" et Sébastien Gadjard.

La chaine émet depuis le 22 décembre dans les départements d’outre mer et depuis le  20 janvier en métropole. Pour le moment, la programmation est essentiellement musicale. « On veut s’installer dans la durée. On prend donc le temps de bien faire les choses. On vient de mettre à l’antenne récemment une émission sur le cinéma. D’autres sont déjà tournées. Les téléspectateurs les verront  prochainement. Ce n’est que dans quelques mois que la chaine aura atteint sa vitesse de croisière.  Il y aura des films, des séries, des programmes qui parleront d’histoire, de gastronomie, entre autres » tient à préciser le fondateur de la chaine.

Valoriser la culture noire et s’installer dans la durée, le pari de BeBlack est osé mais pas impossible. Tout commence ici.

Wait and see.

Just see real.

NB : BeBlack accessible sur le reseau Freebox (78) et Alice Box  (145) en métropole et sur Mediaserv (33) dans les Dom.

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2 réflexions sur “To be or not to BeBlack

  1. (Point à Pitre est à 2200 km de Miami mais à plus de 6000km de Paris)
    Incroyable, vous venez de m’apprendre quelque chose, et celà permet d’observer la situation de ces iles sous un autre angle.

  2. Je suis tombé sur cette chaîne par hasard un soir en zappant, et je dois dire qu’il n’y a pas de quoi être fier. Le principe du FUBU met en avant un repli identitaire des plus dérangeants. Même dans les pub, je n’ai pas vu une seule personne de couleur autre que noire (j’espère sincèrement que c’est une coïncidence). Je pense qu’on ne dépasse pas les différences en les mettant en avant, mais en les désacralisant.

    J’ai vécu beaucoup de temps à l’étranger, et je ne me suis jamais senti aussi bien que quand on s’est autorisé à se moquer de moi à ‘Université pour mes origines Françaises. « French Fag », dit avec le sourire, était une manière de me dire qu’on me trouvait assez intelligent pour ne pas me vexer, qu’on m’appréciait et qu’on attendait de moi que je rende la pareille. J’ai répondu « Irish Drunk », et on s’est bien marré.

    Se moque-t-on innocemment, ouvertement et en face à face de quelqu’un qu’on redoute ou qu’on déprécie? Non, c’est un premier pas vers l’autre. C’est briser la glace et mettre en avant ce qui nous rassemble. Moquons-nous un peu plus les uns des autres. Ras le bol de ces histoires puériles de peuples. Nous sommes des individus, pas des couleurs, des religions ou autres.

    Je vais conclure par cette citation de George Carlin :
    « … la fierté devrait être réservée à ce qu’on accomplit ou obtient par soi-même, pas à des accidents ou à ce qui est de naissance. Etre Irlandais n’est pas une capacité, c’est un putain d’accident génétique… alors pourquoi, bordel, serait-on fier d’être Irlandais, Italien, Américain ou autre? »

    Merci George pour ce petit morceau de sagesse…

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