Douze ans d’esclavage sans passer par la case départ

France, Etats-Unis… Etats-Unis, France… Vu d’ici, de France, on fait souvent des comparaisons. Et parfois on se dit : « c’est mieux là bas », « ils ont tout compris », etc… Dernier exemple en date, les Oscars VS les César notamment au niveau de la présentation. Même si pour moi ce genre de cérémonie It’s the same shit. Comme dirait Dick Cavett, ancien célèbre animateur TV US : « les Oscars c’est un pince-fesse ridicule, tape à l’oeil, vulgaire et ennuyeux qui ne sert qu’à l’auto-promotion de ses participants… mais j’adore ça« 

defrance_degeneres
DR.

A ma droite, l’américaine Ellen DeGeneres, aux tenues multiples, animatrice de talk show, comédienne, humoriste, déjà une présentation au compteur …à ma gauche, la Belge qui combat pour la France, Cécile de France, grande robe blanche, actrice, doublement césarisé et novice.

Let’s get ready to rumble !!!

Victoire par KO de l’américaine dès le première reprise. Il n’y a même pas eu match. Elles ne boxent pas dans la même catégorie. C’est comme si Mike Tyson mettait les gants face à Brahim Asloum.  Une boucherie. C’est pour ça qu’il est parfois stérile de se comparer aux américains dans certains domaines. Dans l’entertainement, le show ils sont trop en avance pour nous donner l’heure.

Au cours de cette cérémonie,  « 12 Years a Slave », de Steve McQueen, réalisateur d’origine noire comme dirait Le Figaro , a été sacrée meilleur film de l’année. Pour ceux qui n’en auraient pas du tout entendu parler. Il s’agit d’un film inspiré d’une histoire vraie celle de Solomon Northup. On est en 1841, aux Etats-Unis, Solomon est un noir libre, il est musicien, marié, 2 enfants. Un jour tout bascule, il est enlevé et vendu comme esclave. Son calvaire va durer 12 ans. Le film raconte donc cette tragédie.  Les images sont chocs ( travail forcé, viol, coups de fouet…).  Même si je trouve que Racine, la série créée à partir du roman d’Alex Haley, plus violente à certains égards notamment la fameuse scène où l’on coupe de le pied de Kunta Kinté. J’ai mis du temps à m’en remettre comme certains ne se remettent toujours pas  de l’épisode 9 de la saison 3 de Games of Throne.

Je vais commencer à spoiler (un peu) donc même si tu n’a pas vu le film, t’inquiètes, tu peux quand même lire je ne dévoile rien de crucial.

Dans les premières images du film, je remarque quelques similitudes avec le dernier film parlant de l’esclavage que j’ai vu,  « Case départ » de Fabrice Eboué, Thomas Ngijol et Lionel Stekettee : les plans dans les champs de cannes à sucre ainsi que les plans où le propriétaire blanc lit des passages de la bible aux esclaves… et il y en a d’autres. « Case départ » comme « 12 Years a Slave » sont très documentés, on y retrouve les mêmes références historiques…

12 years a slave

Et je me dis alors comment, en France, on a pu faire de cette partie de l’Histoire, un film comique, même pas une tragi-comédie, mais une comédie. Comment quand on est aussi informé sur ce qui s’est passé, on décide malgré tout de faire rire autour de ça. J’avoue, j’ai du mal à comprendre. J’avais déjà du mal à l’époque où « Case départ » est sorti mais aujourd’hui après avoir vu « 12 Years a Slave » c’est même incompréhensible. Les Américains ont réussi là où, nous, on a essayé maladroitement. Et encore je dis américain, c’est pas tout à fait exacte, le réalisateur Steve McQueen est britannique comme une grande partie du casting. Le film n’ a pas été facile à monter, c’est grâce à la boite de production de Brad Pitt, Plan B, qu’il a pu voir le jour.

Une question : aurait on pu faire un film comme ça en France?  Ma réponse: Non pas encore. Une comédie, ça passe, personne n’est mal à l’aise, que l’on veuille ou non ça dédramatise. En France, le discours est plutôt de dire que les Noirs font chier avec l’esclavage, il serait temps de passer à autre chose. Ca me rappelle une réplique dans « 12 Years a Slave ». Le contexte : une femme vendue comme esclave a été séparé de ses deux enfants, lorsque qu’elle arrive chez ses propriétaires, elle pleure à chaude larmes sans discontinuer. La propriétaire lui dit : « De la nourriture, du repos et vos enfants seront vites oubliés« ,  c’est exactement la situation des Noirs en France par rapport à l’esclavage. On nous dit : « Sois déjà bien content d’avoir un toit et de manger à ta faim. Quoi?  Quoi l’esclavage, la colonisation produisent encore des effets sur la manière dont sont perçus les Noirs en France ? Vous voulez faire quoi? En parler ? Aborder ce sujet de manière sérieuse ? Allez tu veux pas me passer le sel, plutôt. »

 LOI TAUBIRA, CODE NOIR,  VOLDEMORT

Du coup, en France, pays des droits de l’homme, un des rares pays qui a reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité (loi Taubira), pays qui a une partie de sa population, les DOMiens notamment, marquée dans sa chair par cette histoire, donc dans ce pays, le seul et unique film majeur qui parle de l’esclavage est une comédie. Quand je dis majeur, j’entends par là qui a bénéficié d’une couverture médiatique importante et donc d’un nombre entrée conséquent. Il me parait peu probable que depuis toutes ces années aucun pitch sur cette période ne soit arrivé sur la table de boites de productions ou des structures d’aide aux financements des films. Il me semble même que l’on aurait évité le psychodrame national créée par la quenelle si il y a quelques années, un film sur le code noir avait trouvé des financements. (oui je parle de l’humoriste qu’on ne peut pas nommer, que je nommerai donc Voldemort…)

Alors pourquoi cela  me semble important que l’on aborde en France cette partie de l’histoire de manière rigoureuse et sérieuse au cinéma? Regarder ces atrocités de l’histoire en face permet d’avancer. Car ce n’est pas seulement l’Histoire des Noirs, c’est une partie de l’Histoire de France, de l’Histoire de l’humanité…. La force du cinéma c’est de réussir à faire passer grâce aux émotions des messages, là où certaines lois échouent.

Le « vrai » film français sur l’esclavage ne naitra pas d’une volonté politique, c’est évident (et heureusement) mais d’une volonté artistique et citoyenne. Le montage financier sera difficile, je pense. Il faudra alors trouver des frères d’armes à tous les niveaux de la chaine de fabrication du film et notamment dans la production et dans la distribution,  le nerf de la guerre.

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Chiwetel Ejiofor, Steve McQueen et Brad Pitt, frères d’armes pour « 12 Years a Slave ». (DR.)

Même aux Etats-Unis, il n’est jamais simple de faire ce genre de film, lorsque les grands studios n’en veulent pas, il est toujours possible de trouver un producteur indépendant pour mettre en lumière l’Histoire qui fâche.

Tout à l’heure, je disais que la comparaison avec les US était stérile.  Mais aujourd’hui, il est PARFOIS possible pour les personnes stériles d’avoir des enfants. Alors je propose non pas la GPA ou la PMA mais l’adoption de Brad Pitt, lui ça le changera un peu et nous ça ne nous fera pas de mal 😉

Oui, oui moi aussi j’utilise l’humour pour faire passer mon message. Je n’oublie pas que je vis en France.

Just see real.

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2 réflexions sur “Douze ans d’esclavage sans passer par la case départ

    1. Je l’ai vu, « Venus noire ».
      J’aurai également pu le citer mais dans le registre film de Kechiche le moins mis en avant dans les média et dans le petit monde du cinéma français à l’inverse de « L’esquive », « La graine et le mulet », « La vie d’Adèle »…
      Oui, oui je ne suis jamais content 😉

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