Le jour où les Lions sont devenus indomptables

Cameroun1990 tour d'honneur

1er juillet 1990. 23 heures. Stade San Paolo de Naples. Le match vient de se terminer. Les Camerounais font un tour d’honneur sous les applaudissements  nourris du public. Tous les joueurs ont l’air heureux. Pourtant ils ont perdu. Ils viennent de s’incliner 3 buts à 2 face à l’Angleterre en ¼ de finale de la coupe du monde. Première équipe africaine à atteindre ce niveau.
Cette équipe du Cameroun vient de marquer à jamais l’histoire du football.

Ce soir là, à plusieurs centaines de kilomètres, à Vaulx-en-Velin, en banlieue Lyonnaise, du haut de mes 1m40, je porte la tristesse en bandoulière. Le Cameroun, mon Cameroun est éliminé. Fini de rêver. Fini de fanfaronner au quartier.

Oui, il y a  eu un avant et un après ce « Mondiale » italien. Avant quand je disais que j’étais d’origine camerounaise. On me répondait : le Cameroun, c’est où? c’est en Afrique? Après c’était : Le Cameroun ? Bien sur je connais, Roger Milla, la coupe du monde….
Donc je dois dire merci à Roger Milla, Cyrille Makanaky et les autres. Grâce à vous, tout le monde a su placer la patrie des lions indomptables sur une carte.

Et c’est normal car les lions ont marqué les esprits et, ce, dès le 1er match.
Le Cameroun affronte l’Argentine du grand Diego Maradona, championne du monde en titre. Au stade San Siro de Milan, c’est David contre Goliath. Et comme le raconte la légende c’est David qui contre toute attente sort vainqueur.
Le Cameroun l’emporte 1-0 grâce un but de François Omam-Biyick.

Omam Tete autre angle
F. Omam-Biyik s’élève très haut pour frapper  ce ballon de la tête et tromper le gardien Pumpido.

A la maison, c’est la folie. Tout le monde crie. Mon père, ma mère, mon frère et mes sœurs, c’est le bonheur… On va sur le balcon hurler notre joie… Là, c’est sur, tout le quartier est au courant qu’on est camerounais, pour ceux qui hésitaient encore, il n’y a plus de doute.
La suite ? Une formalité. Victoire contre la Roumanie (2-1) puis défaite suspecte (4-0) contre la Russie. Le Cameroun finit premier de son groupe. Direction les huitièmes de finale face à la Colombie.

C’est là où il faut faire une pause.

Car en plus de cette belle histoire collective, il y a une toute aussi belle et improbable histoire individuelle, c’est celle de Roger Milla. 38 ans. Joue dans un club à la Réunion en division d’honneur. Doit sa présence dans la liste au Président Paul Biya qui a exigé qu’il fasse la coupe du monde. Vu comme ça, ça sent pas très bon. Mais, finalement, il sera l’une des attractions de la compétition, pour ne pas dire l’attraction principale.

Milla super star

milla danse
Danse comme Roger Milla. Makossa super size.

Contre la Colombie, il met deux buts, dont un plein de malice. Il chipe le ballon dans les pieds du gardien sorti un peu trop loin de sa surface de réparation. Il ponctue chacun de ses buts par un pas de danse. Images désormais cultes.

Avant ce 8ème de finale, il a déjà inscrit deux buts contre la Roumanie. Il devient alors le plus vieux joueur à marquer dans une coupe du monde. Il battra son propre record 4 ans plus tard quand, à 42 ans,  il marque lors de la World Cup. Record toujours pas égalé et qui risque de ne jamais l’être. Historique. Genre historique.

Avec son maillot vert, son short rouge et ses chaussettes jaunes, il a, pour moi, la panoplie parfaite du super héros. Super Roger.
Après chaque victoire, à la maison, le rituel est le même. Tout le monde crie. Mon père, ma mère, mon frère et mes sœurs, c’est le bonheur… On va sur le balcon hurler notre joie. Mais là, on est plus tout seul. Dans les balcons, d’en face, du dessus , d’en dessous, des familles algériennes, marocaines, tunisiennes, antillaises, françaises, portugaises et j’en passe sont aussi contentes que nous. Super Roger a réussi sa mission. Tout le monde aime le Cameroun.

Ce 1er juillet 1990, les Camerounais sont rapidement menés 1-0 par les Anglais. En seconde mi-temps, l’entraineur russe de l’équipe camerounaise décide de faire rentrer Super Roger.

Le match bascule. Ce petit vieux de 38 ans, joueur de DH à la Reunion, fait désormais peur aux défenseurs aguerris de la First division anglaise. Trop talent. Il provoque un penalty, transformé par Emmanuel Kundé et donne une passe décisive à Eugène Ekéké. Le Cameroun mène 2-1. Au moment du deuxième but camerounais, j’ai senti l’immeuble trembler. Ca criait dans tous les sens comme lors de la nuit du 31 au 1er où au quartier tout le monde hurle « Bonne Année » à la fenêtre.
Les demi-finales sont au bout de leur crampons. Mais les Lions indomptables ont un moment d’absence et à 9 minutes de la fin, l’Angleterre égalise. Les Anglais l’emportent finalement  après prolongation grâce à un but sur penalty de Gary Lineker (3-2).

On a tous quelque chose en nous de… camerounais

Il y a finalement deux gagnants ce soir là. L’un sur le terrain, l’autre dans les cœurs.
C’est pourquoi je suis triste aujourd’hui. Désormais, le Cameroun en coupe du monde c’est des histoires de primes non versés aux joueurs. Un running gag. On y a droit à chaque fois. Sans exception. En 2014, ils ont même ajouté un autre point noir au tableau, c’est la bagarre entre coéquipiers sur le terrain. Bravo. Une première il me semble. Historique. Genre historique.
Il serait temps que la génération dorée de 1990 prenne les rênes du football camerounais. Mais il ne semble pas que cela soit dans les projets de la fécafoot, ni dans ceux de Paul Biya la, l’inamovible président du Cameroun. Avec mes yeux d’occidental cette ingérence présidentielle me paraît complément hallucinante. Mais bon sans ça, je n’aurai certainement pas vécu mon plus bel été de football.

Ah j’allais oublier, il y a un autre gagnant indirect de ce beau parcours camerounais, l’Italie.
Ce 1er juillet 1990 je ne ne suis pas le seul à être triste. Près de Parme, le petit Gianluigi, à peine plus âgé que moi, essuie aussi ses larmes. L’équipe de son joueur préféré est éliminée. Les yeux de ce gamin brille quand il voit le gardien camerounais Thomas Nkono sur un terrain. Il est tellement admiratif qu’il décide de faire comme lui et de devenir gardien de but. Ce petit garçon c’est Gianluigi Buffon, Aujourd’hui, gardien international italien, recordman du nombre de sélections avec la Nazionale et actuellement le meilleur gardien du monde. Buffon donne même à un de ses fils le prénom Thomas en référence au gardien camerounais.

BUFFON NKONO
Gianluigi Buffon et Thomas Nkono

Depuis ce jour là, on a tous quelque chose en nous de camerounais. L’Italie donc. L’Afrique qui a vu ses représentants en coupe du monde passer de 3 à 5 suite à cette épopée des lions indomptables. En France, même 26 ans après, personne n’a oublié Roger Milla. Eternel Roger. Indomptables lions.

Et un classique pour finir.

Just See Real

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