Moussa Camara, déterminé à être déterminant

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Cergy, DTR, Génération AGPR…

Non je ne me lance pas dans l’écriture d’un remix foireux du morceau DKR de Booba. Ce sont juste quelques mots clés pour présenter Moussa Camara. J‘aurai pu dire aussi : col roulé, grand bureau, petit thé, les mots qui me viennent à l’esprit quand j’arrive dans les locaux de l’association AGPR (Agir pour Réussir) dont il est le président et l’un des fondateurs.

Installé dans le canapé, l’espace d’un instant, je me crois dans le bureau d’un PDG d’une entreprise, au mur, des tableaux  représentant des femmes africaines et des articles de journaux évoquant les différentes actions de l’association.

« La taille du bureau, c’est pas l’essentiel. C’est surtout un lieu de vie et d’échange. On le partage à trois et des plus jeunes viennent souvent donner un coup de main et voir comment ça se passe pour peut-être un jour prendre la suite. Au départ, on était pas ici. Ca fait des années que l’on est sur le terrain, nos locaux sont à l’image de notre investissement dans la ville de Cergy», explique le jeune homme de 30 ans qui dégage un mélange subtil d’énergie et de cool attitude. Sa voix posée et son franc parler lui permettent d’être à l’aise avec pratiquement tout le monde.

Comme avec Pierre Gattaz, le président du Medef, le patron des patrons. « J’avais envie qu’il vienne voir des Cergyssois qui veulent entreprendre. Lui montrer la réalité des quartiers. A mon grand étonnement, il est venu. Et il a trouvé qu’il y avait une énergie et une détermination chez ces jeunes ». Cette rencontre apparemment improbable entre deux mondes qui semblent si éloignés va finalement accoucher d’un projet d’envergure : « Les Déterminés », une formation pour les jeunes entrepreneurs.

Pour paraphraser B2O, un entrepreneur-rappeur à succès, le slogan aurait pu être : « ceux qui ne veulent pas faire de business, je vous en prie descendez là ». Moussa Camara présente le concept : « Qu’ils aient déjà un projet bien ficelé ou simplement une idée, on offre aux jeunes entre 18 et 35 ans, une formation de 5 semaines, pour maitriser tout ce qui concerne la création d’entreprise ».

Et quand je lui parle de l’image de Pierre Gattaz, il me dit «  je m’intéresse d’abord à ses actes sur la question de l’entrepreneuriat  Il nous soutient. Il met son réseau et ses connaissances à disposition des « Déterminés » ».

En octobre et novembre derniers a eu lieu la 3ème session de formation à Cergy. Avec des intervenants de choix. Le chef cuisinier, Thierry Marx,  le boss de Wati-B, Dawala, entre autres, sont venus partager leur expérience et distiller leur conseils aux jeunes futurs entrepreneurs.

« C’est une formation pratico-pratique. Pas trop de théorie. Beaucoup de mise en situation. On travaille aussi sur le psychologique. On commence même par ça. Pour entreprendre il faut être bien dans sa tête, enlever les freins qui peuvent nous empêcher d’aller au bout de notre démarche… » Depuis les premières sessions de formation en mars 2015, 7 entreprises ont été crées, d’autres « Déterminés » sont retournés aux études ou au salariat. « Certains sont même venus, cette fois, parler de leur parcours et de ce que leur a apporté la formation », raconte fièrement Moussa, lui même par ailleurs entrepreneur dans les télécommunications. Des nouvelles sessions de formation sont prévues à Lyon et Nancy. Celle de Paris a commencé le 9 janvier dernier.

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Moussa Camara entouré de la 3ème promotion des Déterminés ( Photo Dagency)

Déterminé, Moussa l’a toujours été. Déterminé à aller là où on ne l’attend pas et à aider ceux qui en ont besoin. Cela fait plus de dix ans qu’il voit la vie de cette manière.

A la fin de l’adolescence, un de ses amis prend une balle perdue à l’épaule. Une bavure policière. Cet événement est comme un électrochoc pour celui qui habitait encore à la Croix-Petit, un quartier de Cergy, laissé un peu à l’abandon à cette époque. « Avec des amis on voulait réveiller le quartier et prendre notre destin en main ». Ils créent alors une association et demandent au maire l’accès au gymnase pour que les jeunes puissent faire du sport. Ce premier acte fondateur va avoir un écho tel dans le quartier que Moussa et ses potes vont être sollicités pour tout un tas de choses. De l’aide pour des démarches administratives au soutien scolaire en passant par les sorties loisirs pour les ados ou encore l’organisation d’événement culturel, l’association Agir Pour Réussir (AGPR) devient alors incontournable à Cergy.

Le quartier ne l’a donc jamais quitté. C’est même parce qu’il est en prise direct avec qu’il en comprend les enjeux.

« Avec l’association AGPR, on a beaucoup travaillé sur le social. Mais on s’est rendu compte que beaucoup de gens dans les quartiers nous disaient c’est bien mais nous on veut du travail. Alors on a réfléchi à ce qu’on pourrait faire pour répondre à cette demande. Après la justice sociale, on a senti un besoin de justice économique ». La genèse des « Déterminés » se trouve aussi  là. Un autre événement va conforter Moussa  à aller dans ce sens là. Un voyage aux pays de Barack Obama.

Expérience américaine

«  J’ai vu comment travaillent les associations similaires à la notre. Ça m’a reboosté, donné pleins d’idées. Là-bas ils n’ont aucun problème à faire du business à coté de leur action plus sociale. En France c’est un peu différent, ce n’est pas forcement bien vu. Ils m’ont donné beaucoup de conseils pour être encore plus actif et plus efficace avec AGPR. J’ai pris ces remarques et les adapter au contexte français ».

Ce séjour là-bas est une révélation. Pourtant, au départ Moussa n’a pas, comme beaucoup dans notre génération, le rêve américain. « J’ai fait un stage d’un mois dans une association importante, Phelps Stoke Fund. J’étais à Washington DC. Tous les jours pour aller au bureau je passais devant la Maison Blanche. En tant que noir, là-bas, tu te sens à l’aise, tu côtoies des gens de différentes communautés sans sentir le poids de ta couleur de peau. Combien de fois en France, j’arrive en costard quelque part on me prend pour un agent de sécurité… Là-bas, le regard sur moi était moins pesant ».

Mais il ne retient pas que ça de son passage dans la capitale américaine. « Au bout de quelques jours dans mon univers de privilégiés, je n’avais pas encore vu les quartiers de Washington. Un membre de l ‘association avec laquelle je travaillais m’a emmené dans les ghettos et là j’ai vraiment été un spectateur du désespoir. Des situations que même en France tu ne vois pas. Et surtout ce qui m’a le plus marqué c’est que la plupart ne croit pas en l’avenir, le rêve américain n’existe pas pour eux. »

En France, Moussa a fait et fait beaucoup pour croire au rêve français. Avec APGR, ils ont créée ce qu’ils ont appelé les émeutes citoyennes. « On a réuni plusieurs jeunes à la même heure au même endroit pour aller tous en même temps s’inscrire sur les listes électorales. Il était pour nous important de s’investir de cette manière, de montrer que l’on ne veut pas que les élections se passent sans nous. »  Opération réussie, de nombreux jeunes se sont inscrits et ont voté pour la première fois lors des élections de 2012.

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(Photo Carlos Silva)

Mais depuis le quinquennat Hollande est passé par là et cette année pas d’émeutes citoyennes. « Les gens font comme ils veulent. Et honnêtement aujourd’hui pour moi, droite, gauche, extrême droite, je n’ai pas le sentiment que mon quotidien et celui des gens que je connais va beaucoup changer. Quand je vois l’affaire Adama Traoré et la quasi-absence de réactions des politiques,  je me dis que pour nous rien ne change. Le changement aura lieu quand il y aura plus de gens de terrain en politique ».

Déterminé, engagé, populaire, la tentation de se lancer en politique existe-t-elle chez le Cergyssois. «Pas du tout. Ce n’est pas fait pour moi. Je suis plus un homme d’action. Je respecte ceux qui choisissent cette voie. Il en faut. C’est comme dans une équipe de foot chacun à son poste. Certains ont des qualités pour être gardien d’autres pour être attaquant. On ne peut pas tout faire».

Et lui ce qu’il sait faire c’est transformer ses idées en actions concrètes.  Aujourd’hui, c’est « Les Déterminés », hier c’était les émeutes citoyennes, demain ce sera encore un autre projet. Mais une chose est sure, il aura toujours à coeur de montrer une autre image des quartiers populaires et de ceux qui y vivent.

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