« Bwa d’ébène » : des photos pour déconstruire les clichés

Les posts facebook défilent sous mes yeux, les photos instagram enflamment mes rétines, les tweets, des suites de mots qui parfois me fatiguent… On lit, on regarde, on like, on follow, on unfollow mais rien ne retient vraiment l’attention. L’impression d’être un chercheur d’or qui attend de trouver une pépite.

Et puis, le Graal. Une info qui m’intéresse. Un message qui annonce un expo photo. Le thème « Bwa d’ébène : le corps noir dans l’imaginaire occidental ». Vaste sujet.  Ça me fait penser au livre de Nail Ver-Ndoye, « Noir entre peinture et Histoire », à l’expo « La Lutte » de l’artiste-peintre Josué Comoé… Des hommes noirs qui s’intéressent à la représentation que l’on fait d’eux ça m’interpelle forcément. Dans le cloud de ma pensée ces questionnements s’entrechoquent souvent.

Le journaliste que je suis a donc envie d’en savoir plus sur cette expo et son auteur.

Le rendez-vous est  pris avec un certain McBright. Un nom d’artiste aux accents anglo-saxons pour un Français qui a grandit entre le bitume de Clayes-sous-bois et le soleil de la Martinique.

Ce photographe quadra ne fait pas du tout son âge. Avec son béret et ses lunettes, je lui donne facilement 10 ans de moins. « Black don’t crack » comme disent les Américains. Il a une vision très claire de son art, pour lui « une photo sans message est une balle sans impact ».

Installés à l’Anticafé de La Défense, cette rencontre commence comme une anti-interview. On se raconte. On parle musique, il ne jure que par la Soul. Entre deux tartines de pâte à tartiner spéculoos, on évoque son passage aux Indivisibles, « c’était bien au début. Et après comme dans un groupe de musique tu as envie de faire tes trucs en solo, d’exprimer ta propre vision »… Dans ce cadre total détente, on pourrait continuer à parler comme ça encore longtemps mais j’ai quand même quelques questions à lui poser sur cette expo photo « Bwa d’ébène » qui a lieu du 8 au 12 novembre à l’Espace 7, paris 11ème

 

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Comment est née l’envie de faire une exposition photo sur «  le corps noir dans l’imaginaire occidental » ?

  • « Bwa d’ébène » est née suite à plusieurs images qui m’ont choqué. Mais il y en a une principalement, la pub Manix. Quand je l’ai vu dans le métro, je suis resté sans voix. Sur l’affiche, il y a un homme noir avec un grand sourire et une femme blanche au dessus de lui, posant sa main sur sa tête. Ça m’a tout de suite fait penser à l’image du tirailleur sénégalais ambiance y’a bon banania, version 2018. Quand j’ai parlé de cette pub à mes potes, ils n’étaient pas plus choqués que ça. Je me suis dit il faut faire quelque chose. C’est à travers la photo que je parviendrais mieux à faire comprendre en quoi ce genre d’imagerie est dérangeante. Les images ne sont pas anodines. Il y a quand même des publicitaires qui ont mis ça au point. Et ils savent très bien ce qu’ils font.

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L’exposition est accompagnée de discussions, il y a en une justement sur la masculinité noire. En quoi est-ce important dans la France d’aujourd’hui d’aborder ce thème là? Ça me fait penser à un passage du rappeur Végédream dans une émission télé dans laquelle il était flatté par le cliché de l’homme noir bien membré.

  • Un mec comme Végédream, si il voit l’expo, il va voir que le mythe de la virilité de l’homme noir ne date pas d’aujourd’hui. Cela a été construit dès le 15ème siècle avec les littérature de voyage. Après cela a été entretenue pour nous déshumaniser. Et ce qui est terrible c’est que les afrodescendants se sont appropriés ce mythe et l’ont inculqués eux-même de génération en génération. C’est là que ça devient grave. Sans s’en rendre compte tu te dévalorises. Tu es dans un schéma. Tu crois que tu es libre mais en fait non tu es dans un rôle que tu n’as même pas choisi.
    Et entre Noirs, je trouve qu’il y a toujours une compétition à ce sujet, ce n’est pas dit c’est latent. On la retrouve entre mecs en général mais chez les Noirs, c’est accentué je trouve. Il y a une photo qui parle exactement de ça car  il y a aussi des hommes qui ne se reconnaissent pas dans ce rôle du mec viril.  C’est dans la partie de l’expo, Homme noir, homme trophée. Homme trophée car l’homme noir est enfermé dans la performance. La performance sportive, boxe, athléthisme, foot par exemple… La performance sexuelle, sur le site de rencontre tu peux trouver des choses comme cherche un black bien monté ou un noir TBM.

Et les femmes noires  dans tout ça, tu en parles aussi dans cette expo?

  • Bien sur. Il y aura même une discussion autour de la femme noire dans la littérature : un corps érotisé ou un être à part entière ?  Dans les recherches que j’ai pu faire on voit très bien que la femme noire est considérée comme un objet sexuel depuis bien longtemps, bien avant le 15ème siècle. Dans les récits, ils disent même que ce sont elles qui provoquent les hommes, ce sont elles qui sont entreprenantes. Tout est de leur faute, bien sur. Elles s’en sont pris aux pauvres hommes blancs innocents.
    Dans les photos que j’ai  faite pour l’expo j’ai pris également en compte le mouvement nappy. Il y a trois ans lorsque je suis allé en Martinique, j’ai vu que les cheveux naturels étaient maintenant la norme. Je vois aussi là une volonté d’affirmation de soi et c’est très bien. Même si ça ne plait pas à tout le monde, comme dans ce lycée en Guadeloupe où on voulait interdire les coupes afro car elles sont jugées trop excentriques. C’est vraiment n’importe quoi !

L’image du noir dans les représentations artistiques ou visuels est en ce moment un sujet qui intéresse de plus en plus. Pourquoi selon toi ?

  • Oui c’est vrai qu’il y a le livre de Nail Ver-Ndoye « Noir entre peinture et histoire », il y a aussi eu l’expo « Le modèle noir » même si elle a pu être très critiquée, ça a au moins le mérite d’exister. On est dans une période où on décide de prendre notre destin en main, se réapproprier la narration. Dans la même veine, il y a le film d’Amandine Gay « Ouvrir laVoix » Formidable. Le but c’est que les gens aient du recul par rapport à la situation dans laquelle ils sont. Dans cette expo, j’ai voulu faire un lien entre le présent et le passé pour que les gens se remettent en cause. Et qui est mieux placé que nous pour raconter nos histoires, notre Histoire.

 

Just See Real

 

L’exposition Bwa d’ébène : le corps noir dans l’imaginaire occidental du vendredi 8 au mardi 12 novembre à l’Espace 7, au 7 rue Sabin paris 11ème.

Trois discussions auront lieu autour des thématiques de l’expo :

•Samedi 9 novembre à 15h (Animé par McBRIGHT et Blondy ANGUI)
-Corps noir mythe ou réalité ?

•Dimanche 10 novembre à 15h (Animé par Marc CHEBSUN et Laurie PEZERON)
-La femme noire dans la littérature contemporaine

•Lundi 11 novembre à 15h ( Animé par Marc CHEBSUN et Samuel LÉGITIMUS )
-La masculinité noire dans les arts visuels

 

 


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